Tabous du marketing ethnique en France
Nombre de tabous inhérents au marketing ethnique existent en France. En effet, comme l’explique Patrick Hetzel, professeur à l ’université de Panthéon-Assas, dans un article paru dans décisions marketings, la segmentation suivant des critères ethniques suscite des réactions interrogatives et souvent même négatives et ce, auprès même d’un auditoire d’étudiants en marketing que l ’on pourrait donc supposer comme un minimum averti.
Alors qu’une segmentation selon l ’âge, les styles de vie, le sexe, le revenu, la structure familiale, le niveau d’éducation ne dérange en rien et semble être parfaite routine, une segmentation selon des critères ethniques parait plus problématique.
Or, si l’on consulte la définition de l’ethnie selon le dictionnaire Larousse on remarque que c’est un groupement humain qui possède une structure familiale, économique et sociale homogène.
En rapprochant ces dernières informations, on se rend donc compte qu’une segmentation selon des critères ethniques serait donc, selon cette définition, une simple réunion des critères précédemment cités – prenant donc chacun des valeurs similaires s’agissant d’un certain groupement humain – lesquels, pris indépendamment d’une segmentation ethnique, ne posent pas de souci particulier.
Quel est donc l ’élément déclencheur de ce type de réaction ? Anne Senges, dans Etnik !
nous explique : « après les Etats-Unis, l’Angleterre s’y est mise, l’Allemagne également, les Pays-Bas aussi, mais en Europe l a France continue de résister à l a tentation ethnique. Les controverses liées au marketing ethnique semblent donc effectivement avoir quelque chose de typiquement français.
Après avoir souligné les réactions qu’une telle segmentation suscitait, Patrick Hetzel nous
explique qu’après plusieurs échanges avec des collègues ethnologues et sociologues, il s’était avéré que ceux-ci n’avaient pas l es mêmes problèmes en évoquant l es mêmes critères d’étude devant l eurs étudiants, alors que c’est un problème récurrent en marketing. L’auteur pose enfin l’hypothèse que c’est non pas la segmentation en elle-même qui pose problème, mais l’usage qui peut en être fait par les marketeurs.
Donc si une segmentation selon l’âge et le revenu paraît tout à fait anodine, une segmentation selon des critères ethnique est perçue, elle, comme discriminante, bien qu’elle s’efforce de répondre comme tout autre segmentation à un besoin, une demande spécifique ; et pourrait donc à ce titre être considérée comme légitime.
Le fait que l’on parle parfois de marketing communautaire, idée négative et aux relents quasisectaires pour un pays assimilateur, dont l’universalité est la loi, montre bien le malaise. En conséquence, s’agissant du cas de la France, c’est l’expression même d’un certain communautarisme et d’appartenance à une ethnie qui peut-être pose problème.
Peut-être peut-on trouver un début de réponse dans un pamphlet rédigé par deux hommes politiques alsaciens – Grossman et Miclo, l a république minoritaire ; contre l e
communautarisme, 2002 – qui conçoivent le marketing ethnique comme étant le lit du communautarisme, et qui va donc à l ’encontre d’une république unie et indivisible. Selon eux c’est l ’expression publique des particularismes qui est dérangeante. Ils vont encore plus loin en posant que faire du marketing ethnique est faire l ’apogée des différences communautaires ou ethniques et ainsi contribuer, ne serait-ce qu’implicitement, aux discriminations. On comprend donc, à travers cette idée exprimée que le malaise se trouve dans l’idée de l’expression et la fierté de l’appartenance à une ethnie, laquelle idée renvoie d’une part à la législation étudiée plus haut, et d’autre part aux discriminations qui ont touché et touchent encore l es minorités ethniques en France.